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Gauche ouvrière et chrétienne
22 mai 2008

Israël opte pour une trêve avec le Hamas

israel

De notre correspondant à Jérusalem Patrick Saint-Paul
19/05/2008

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Un accord, négocié depuis plusieurs semaines par l'intermédiaire de l'Égypte, pourrait entrer en vigueur dans les prochains jours.

Officiellement, le gouvernement israélien ne négocie pas avec le Hamas, qu'il considère comme un mouvement terroriste. Tout contact direct ou indirect avec les islamistes, qui contrôlent la bande de Gaza depuis le 15 juin 2007, est donc proscrit. En coulisse, la réalité est autre. Israël a brisé son propre tabou en négociant depuis plusieurs semaines une trêve avec le Hamas, par l'intermédiaire de l'Égypte. Le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a rencontré lundi à Charm el-Cheikh le président égyptien, Hosni Moubarak, et son chef des renseignements, le général Omar Souleiman, pour régler les derniers détails de ce cessez-le-feu, qui devrait entrer en vigueur dans les prochains jours, selon les médias israéliens.

Barak est sceptique quant aux chances de maintenir un cessez-le-feu durant une longue période. Mais il serait prêt à accepter une cessation des opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza en échange d'un arrêt des tirs de roquettes vers le sud d'Israël. Le gouvernement israélien tente aussi de convaincre l'Égypte de redoubler d'efforts pour empêcher la contrebande d'armes depuis son territoire vers la bande de Gaza voisine. Israël serait prêt à ouvrir les passages frontières vers Gaza, levant ainsi le blocus imposé à cette bande sablonneuse adossée à la Méditerranée, uniquement lorsque des progrès substantiels en vue de la libération du caporal Gilad Shalit, détenu par le Hamas depuis l'été 2006, auront été accomplis.

À contrecœur

En contrepartie à un arrêt des tirs de roquettes, le Hamas exige la fin des attaques israéliennes, quasi quotidiennes et essentiellement dirigées contre ses militants, la levée du blocus et la réouverture des points de passage, notamment celui de Rafah, à la frontière avec l'Égypte. En échange de Gilad Shalit, le Hamas réclame l'élargissement de quelque 450 prisonniers détenus en Israël. À cette fin, Israël a récemment adopté une disposition permettant de libérer des prisonniers ayant « du sang sur les mains ». Mais la conclusion d'un accord est d'autant plus compliquée que le Hamas exige la libération de plusieurs terroristes ayant participé à l'organisation d'attentats qui ont fait un grand nombre de victimes en Israël.

De nombreux responsables militaires et des ministres appartenant au cabinet restreint de sécurité israélien ont exprimé leurs réserves. Persuadés que le Hamas mettrait à profit l'accalmie pour se renforcer militairement, ils prônent une offensive de grande envergure visant à faire cesser les tirs de roquettes et à chasser les islamistes du pouvoir à Gaza. Dans une lettre commune (voir ci-dessous), d'anciens hauts responsables des services de sécurité jugent plus qu'incertain le résultat d'une telle offensive et évoquent de nombreuses victimes israéliennes et palestiniennes. Face aux réticences exprimées par l'Administration américaine et par l'Union européenne, le gouvernement israélien aurait décidé de renoncer, pour l'instant, à ses projets d'opération militaire à Gaza, privilégiant ainsi la conclusion d'un cessez-le-feu. À contrecœur. Si elle est conclue, la trêve sera donc précaire et de courte durée.

Ephraïm Halévy : «C'est un armistice qu'il nous faut»

Propos recueillis à Jérusalem parP. S.-P.
19/05/2008 | Mise à jour : 22:32 |

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L'ex-chef du Mossad a accordé un entretien au Figaro.

L'ancien patron du service de renseignements israélien est connu pour ses positions pragmatiques vis-à-vis des Palestiniens. Il fait partie d'un groupe d'anciens généraux et responsables de sécurité qui viennent d'envoyer une lettre au premier ministre recommandant un dialogue avec le Hamas.

LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous signé une lettre réclamant des négociations avec le Hamas ?
Ephraïm HALÉVY. - Cette lettre n'était pas destinée à être publiée. Signée par des personnalités dont les points de vue divergent quant aux solutions à envisager avec les Palestiniens, mais qui sont d'accord pour dire qu'il n'existe pas de solution sans le Hamas, elle a été envoyée au premier ministre et au ministre de la Défense il y a deux mois pour tenter de les influencer. Sans une forme de dialogue avec le Hamas, rien ne sera possible. Si le conflit militaire se poursuit à Gaza, le président palestinien, Mahmoud Abbas, ne pourra pas négocier ou signer d'accord avec Israël. Les morts israéliens et palestiniens pèseront sur les discussions. Les lourdes pertes palestiniennes liées à une éventuelle opération israélienne à Gaza mettront Abbas dans une position impossible.

Êtes-vous satisfait que le gouvernement négocie par l'intermédiaire de l'Égypte un cessez-le-feu avec le Hamas ?
C'est ce que nous réclamions. Peu importe qu'il s'agisse de contacts directs ou indirects. L'essentiel, c'est qu'il y ait un dialogue, que le Hamas comprenne ce que nous voulons et que de notre côté, nous sachions ce qu'il pense. Il faut créer une situation qui permettra d'apaiser les tensions pour contribuer à améliorer l'atmosphère. Cependant, nous ne devrions pas nous contenter d'un cessez-le-feu. C'est un armistice avec le Hamas qu'il nous faut. C'est-à-dire un accord plus large, dans lequel le mouvement s'engage à cesser d'importer des armes et qui permettrait d'instaurer une trêve qui dure davantage que quelques semaines.

L'armée affirme que le Hamas utilisera une trêve pour se renforcer militairement…
Les points de vue divergent au sein de l'armée à ce sujet. Et de toute façon, il n'existe pas d'alternative sérieuse. Le Hamas réclame un cessez-le-feu. Cela veut dire que nous sommes en position de force pour négocier un accord selon nos propres termes.

Bernard Kouchner a reconnu, hier, l'existence de contacts entre Paris et le Hamas à Gaza. Cette démarche est-elle utile ?
Mon expérience m'a appris qu'au Proche-Orient il ne faut jamais rien donner sans obtenir quelque chose en échange.

Vous voulez dire qu'en échange, le Hamas doit céder aux conditions posées par le Quartette pour le Proche-Orient ? (reconnaissance d'Israël et des accords signés par l'Autorité palestinienne, renoncement à la violence, NDLR).
Nous n'avons pas besoin que le Hamas reconnaisse le droit à l'existence d'Israël. Car nous n'en avons pas besoin pour exister. En 1948, nos voisins arabes ne nous ont pas reconnus et cela ne nous a pas empêchés d'exister. Maintenant, il serait temps pour Israël de reconnaître le droit d'exister des Palestiniens.

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