Gauche ouvrière et chrétienne

Gauche ouvrière et chrétienne

Association de loi 1901, à but non lucratif, (numéro de déclaration : 0722002611) militant pour une gauche nouvelle, proche des couches sociales les plus basses, et qui n'est plus peur d'être chrétienne.

26 décembre 2007

Los Angeles, «far ouest»français

Au cours du XIXe siècle, la ville s’est bâtie en partie grâce à l’activité des émigrés béarnais, basques, savoyards, alsaciens…

PHILIPPE GARNIER

QUOTIDIEN : mercredi 26 décembre 2007

Trente ans durant, à partir de 1868, le service des eaux de Los Angeles fut en partie aux mains d’un Français, Solomon Lazard. Lointainement lié à la fameuse banque d’affaires Lazard Frères, il avait racheté le réseau vétuste à un autre Français, Jean-Louis Sainsevain, un neveu du premier véritable pionnier français, Jean-Louis Vignes. Ce dernier, vigneron de Bordeaux, était arrivé, via Valparaiso et Hawaï, dans le pueblo de Los Angeles en 1831, lorsque la bourgade assoupie comptait à peine 700 âmes. Vignes a planté son vignoble sur 42 hectares qui deviendront le centre-ville trente ans plus tard. Une rue porte encore son nom, derrière la gare, pratique pour rejoindre Sunset Boulevard quand l’autoroute 10 est encombrée. Une autre porte celui de sa demeure, «Aliso», d’après le sycomore monumental qui en faisait l’attrait.

Les premiers Français de Los Angeles n’ont jamais constitué plus de 2 % de la population, mais ils étaient autrement visibles et remuants que les réfugiés fiscaux d’aujourd’hui. Il y a eu plusieurs conseillers municipaux, et même un maire, le pas commode ex-loup de mer Joseph Mascarel, qui joua les Wyatt Earp en voulant interdire le port d’armes dans tout le patelin. Ce qui explique peut-être la petite annonce passée par une faction adverse à la fin de son mandat : «Wanted (avant le 23 avril 1866) : un candidat maire qui sache lire et parler l’anglais. Signé : Many citizens».

Barbier lyncheur

Ce ne sont que quelques-unes des drôles d’histoires racontées par l’exposition «Pionniers and entrepreneurs», qui se tient jusqu’au 14 janvier dans une vaste salle de la Pico House. Cet immeuble historique du quartier du Pueblo a longtemps été le National Hotel, où se tenait le traditionnel banquet du 14 Juillet à cause des proprios français. L’exposition, nourrie par les travaux de l’historienne Hélène Demeester sur l’immigration française, doit beaucoup à la ténacité d’une employée du consulat, Mercedes Mira, et au soutien du financier Lionel Sauvage, fondateur de la Flax (France Los Angeles Exchange), une association à but non lucratif destinée à promouvoir les échanges culturels entre Los Angeles et la France.

Qui étaient ces pionniers ? Entre les bergers basques rappliqués vers 1868 quand le coton du Sud commence à faire défaut à cause du blocus de la guerre de Sécession et le lynchage de l’assassin français Michel Lachenais (trois meurtres en dix ans) par une meute de «vigilantes» menée par un autre Français, l’ancien barbier devenu opérateur immobilier Félix Signoret, on trouve aussi une communauté qui prospère. Le portail du corral auquel on a pendu Lachenais était sans doute la seule structure assez solide pour servir de potence, et les photos de l’événement prises par Jacob Bell se sont longtemps vendues un dollar pièce - s’il était besoin de rappeler le côté Far West de Los Angeles en 1870. Le barbier lyncheur était par ailleurs conseiller municipal, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir recours à ces procédés expéditifs, ni d’être réélu.

Il y a eu trois vagues d’immigration française : les aventuriers comme Vignes, arrivés à l’époque où la Californie était encore sous tutelle mexicaine, ou à cause de la ruée vers l’or de 1849. Ensuite, les marchands éduqués, qui vont devenir boutiquiers, médecins, peintres, restaurateurs ou banquiers. Et plus tard les gueux venus de provinces pauvres comme les Hautes-Alpes, qui gravitaient autour des hôtels établis dans le quartier français, des rues comme Aliso, Ducommun ou Lyons, aujourd’hui démolies ou réduites à des bretelles d’autoroute, mais qu’on peut entrevoir encore dans certains films de Buster Keaton, comme The Goat. Chaque province avait son hôtel (Strasbourg Hotel, l’Hôtel Café des Alpes, l’Hôtel de Gap, etc.), qui servait aussi de boîte postale et de bureau d’emploi aux nouveaux arrivants . Les Béarnais se retrouvaient à l’Hôtel Henri IV, ceux des Pyrénées à l’Hôtel des Pyrénées. Parfois, ces bergers basques ou savoyards investissaient leurs économies dans des meublés servant à d’autres fonctions, tout aussi vitales que la restauration. Sur une carte de 1909 dressée par la compagnie d’assurance incendie Sanborn, certains immeubles d’Aliso ou de Ducommun sont marqués fb (pour female boarding, pensionnaires féminines, un euphémisme victorien pour boxon ou hôtel de passe). L’Hôtel de Paris est identifié comme tel. On comptait beaucoup de tenanciers de saloon (dont le fameux Blondeau Station, qui deviendra le premier studio d’Hollywood), de marchands de vins et autres restaurateurs (comme Philippe’s, la cafétéria près de la grande poste, ou la boulangerie des frères Taix, qui deviendra un restaurant basque encore ouvert aujourd’hui).

Publicités

Mais la communauté française avait aussi ses piliers d’industrie et dames de charité dont l’activité se revendiquait des valeurs républicaines et de justice sociale. Ainsi la French Benevolent Society, établie en 1860, crée-t-elle un hôpital sur College Street au nord de la ville dans ce qui est aujourd’hui Chinatown. Pour un dollar par mois, les assurés bénéficient de soins gratuits. «Bienfaisance Mutuelle» : la Sécu avant la lettre. En plus de diriger la compagnie des eaux - il perdra son contrat en 1898, quand les Anglo-Saxons du department of Water and Power prennent la ville au collet (comme le raconte le film Chinatown), emprise qui dure encore aujourd’hui - Solomon Lazard possède un magasin sur Main Street. Son neveu Eugene Meyer, autre juif alsacien, le rachètera pour en faire le grand magasin de mode City of Paris, sur Spring Street. L’établissement fait aussi office de consulat français. Meyer, comme son successeur Leon Lœb, serviront d’agents consulaires durant des décennies - ce qui n’empêche pas le Progrès, un des trois journaux français locaux, de le traiter régulièrement de «traître», d’«Allemand», ou de «circoncis». Le journal ne paraîtra que deux ans, durant l’affaire Dreyfus. Des trois feuilles de chou, l’Union nouvelle sera nettement la plus durable, paraissant de 1879 à 1966.

On peut se faire une idée de la communauté au tournant du siècle rien qu’en lisant les publicités. Fusenot, sur South Broadway, vend des manteaux. A.B.Blanchard les ravaude, et répare les chaussures. James Larquier offre ses services d’écrivain public, avant de devenir le gendre de l’ex-maire Joseph Mascarel. Les Espagnols appellent encore Don Jose ce «doyen capitaliste», cofondateur de la Farmers and Merchants Bank, deuxième banque locale, qui fusionnera avec une autre pour devenir la Bank of America. P. Pouillotte, maréchal-ferrant, vend aussi du charbon. Le Dr Cave est chirurgien-dentiste. Une Mme Puissègue, des Pyrénées, tient, rue Howard, un établissement de bains d’eaux minérales sulfureuses, puisées dans la nappe phréatique aujourd’hui encore exploitée dans Koreatown.

Boulangeries

Si les archives consulaires ont été détruites en 1906 lors du tremblement de terre et de l’incendie de San Francisco, il reste une collection partielle de ces journaux. Mais, reflétant ainsi la nature atomisée de l’agglomération et de ses ethnies, Los Angeles n’a pas de musée historique, seulement des musées ethniques et locaux. Inaccessibles, ces journaux français moisissent et tombent en poussière au musée d’Histoire naturelle. Le 14 décembre 1895, on lit dans le Progrès que la canicule de Noël va encore durer quelques jours ; que M. Flew a reçu une importante livraison d’eau minérale de la source Parot en provenance de Saint- Romain-le-Puy, dans la Loire ; que le confiseur L.J. Christophe a été arrêté pour voies de fait sur ses employés ; que «Bobby le nègre» a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, pour avoir causé la mort de deux hommes par une bouteille de vin empoisonnée qu’il destinait à un de ses «camarades nègres». Nigger Alley, entre ce qui est aujourd’hui la Plaza et la gare de Union Station, fut le site de massacres de Chinois qui défrayèrent la chronique jusque sur la côte est. Juste en face subsiste encore une partie du magnifique immeuble en briques construit par un des frères Garnier, Philippe, le seul resté en Californie après avoir fait fortune, d’abord grâce aux moutons, puis à la culture de blé et de seigle, destinés aux boulangeries basques et françaises. La maison de maître de son ranch, toujours debout, est devenue le musée historique de la ville d’Encino, dans la vallée de San Fernando. L’immeuble downtown, lui, a toujours été loué à un marchand chinois, flanqué d’un bordel et d’une fumerie d’opium. L’aile qui subsiste abrite aujourd’hui le musée historique chinois.

Germain Pellissier, lui, n’a jamais vu le magnifique immeuble vert Art déco qui portait son nom lors de sa construction. Comme beaucoup, sa fortune viendra plus de l’immobilier que de l’élevage ovin. Lorsque la ville se développe à l’ouest, le long du «Miracle Mile» de Wilshire Boulevard, les 59 hectares de l’éleveur valent de l’or (même si à l’époque, une maison ne coûte que 100 à 300 dollars). En 1929, son petit-fils Henry de Roulet fait construire le Pellissier Building, qui, restauré en 1980, brille encore au coin de Wilshire et Western sous le nom du Wiltern, fameuse salle de concert où se sont produits Tom Waits, Al Green et Black Rebel Motorcycle Club. Dans la même veine rock’n’roll, plus sinistre, le Château Pyrénées, d’un autre ancien éleveur, Sylvestre Dupuy - folie béarnaise à tourelles sise en pleine campagne, à Alhambra - s’est retrouvé il y a quelques années sur les manchettes des journaux. C’est là, chez le producteur Phil Spector, qui avait racheté le gros complexe à un pornographe anglais en 1995, qu’est morte la starlette Lana Clarkson, dans l’ombre «d’un doute raisonnable», suicidée des mains du nabab. Mais il n’y avait plus de barbier français pour mener les lyncheurs.

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28 octobre 2007

Message commenté : Le retour du scanner à la Ferté Bernard

 

d'autres priorité dans le secteur médical ?
Cette histoire de scanner régulièrement mise en avant ne serait-elle pas l'arbre qui cache la forêt qui brûle ?

Plusieurs remarques à ce sujet :
- En effet, ou va t'on trouver le personnel compétent pour faire fonctionner ce matériel et en interpréter les résultats ? De nombreux de nos concitoyens n'ayant déjà pas confiance dans le service d'urgence de l'hopital, pour une simple fracture ?

- Peut être que la venue du scanner permettra de faire venir de nouvelles compétences et de nouveaux praticiens sur La Ferté, secteur en manque de médecins et de spécialistes ? Ce serait donc un projet global au niveau de l'hopital qui serait cohérent avec les politiques regionales et nationales de santé mais qui ne peut se limiter à un simple investissement dans du matériel (souvenons-nous de l'ex-nouvelle maternité : il ne s'agit pas d'investir pour mainenir ou développer un service de santé.....)

- Dans une commune où il n'y a ni gynécologue, ni dermatologue et ou le délai d'attente pour avoir un rendez-vous dans l'unique cabinet d'ophtalmologie peut dépasser les 6 mois peut-on vraiment dire que le couteux invetissement dans le scanner soit une priorité ?

- De nombreux(ses) fertois(es) se rendent régulièrement sur Le Mans ou Nogent le Rotrou pour consulter ces differents spécialistes, au passage, ils en profitent pour faire leurs courses la bas ce qui n'est pas forcément bon pour le commerce local.

- Le scanner ne provoquera pas une nette diminution du transport médical vers le Mans, il suffit de regarder à qui appartient l'une des principales entreprises d'ambulances de la commune pour le comprendre...
  Matt - email : matthieu.guerant@9online.fr    

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26 avril 2007

Un détournement assé drôle

ToutDevientPossible

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20 avril 2007

Nicolas Sarkozy se verrait-il déjà à l'Elysée ?

Voici le texte du communiqué de la Société des Journalistes de France 3 :

Nicolas Sarkozy se verrait-il déjà à l'Elysée ?

Trépigne-t-il déjà en s'imaginant bientôt disposer des pleins pouvoirs ?

Sans doute grisé par les sondages qui le placent en tête du premier tour, le

candidat UMP s'est récemment laissé aller à une petite crise d'autorité dans

les locaux de France 3. Une sorte de caprice régalien que l'on croyait
appartenir à d'autres temps, ceux de la vénérable ORTF.

M. Sarkozy a en effet menacé de « virer » notre direction. Comme ça, sur un
coup de tête. Parce qu'elle n'a pas daigné lui dérouler le tapis rouge et
accourir immédiatement à sa rencontre lorsqu'il est venu, le 18 Mars
dernier, participer à l'émission France Europe Express, présentée par
Christine Ockrent.

A peine arrivé, Monsieur le Ministre-candidat se laisse d'abord aller à
quelques grossièretés, estimant que cette émission « l'emmerde » et qu'il
n'a pas envie de la faire !

Ensuite, le voici vexé de devoir attendre dans les couloirs de France 3 pour

être maquillé, d'autres invités occupant déjà les lieux (et oui,  France 3
ne dispose que d'une salle de maquillage). Coupable de ce « crime de
lèse-Sarkozy »,  voici notre direction sur la sellette.

« Toute cette direction, il faut la virer », a lâché  le candidat UMP, comme

le rapporte le Canard Enchaîné du 21 Mars 2007. « Je ne peux pas le faire
maintenant. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder ».

Les Français sont désormais prévenus ! L'une des priorités de Nicolas
Sarkozy s'il est élu président de la République sera de couper des têtes à
France 3. A la trappe ces directeurs qui tardent à exécuter les courbettes.

Le Ministre-candidat avait déjà habitué notre rédaction à ses poses agacées,

à ses humeurs dans nos locaux, face à une rédaction qui ne lui semble
manifestement pas suffisamment docile. Comme cette récente provocation
gratuite à l'adresse d'un journaliste du service politique « ça ne doit pas
être facile de me suivre quand on est journaliste de gauche ! ».
Désormais, c'est à la direction qu'il veut s'en prendre ?

La Société des Journalistes de la Rédaction Nationale de France 3 ne peut
qu'être scandalisée par une telle attitude de la part d'un candidat à la
plus haute magistrature de France. Nous nous inquiétons que M. Sarkozy
puisse afficher sans aucune gêne un tel mépris pour l'indépendance des
chaînes de service public.

Non, Monsieur Sarkozy, les journalistes de la Rédaction Nationale de France
3 ne sont pas et ne seront jamais vos valets. Ils résisteront à toute menace

pesant sur leur indépendance. Si nous devons des comptes, ce n'est pas à un
ministre-candidat, mais aux millions de téléspectateurs, qui regardent
chaque jour nos journaux d'information.

Par respect pour eux, pour leur intelligence, nous n'accepterons jamais
aucune forme de mise sous tutelle politique. Ni de votre part, ni de la part

d'aucun autre candidat.

A bon entendeur.

La Société des Journalistes de France 3. Le 23 Mars 2007



Faire circuler sans modération !


Nous voyons ici que les journalistes osant encore être objectifs, et se refusant à être les hommes à tous faire de Monsieur Sarkozy, ce voient menacé dans leur travail.
Cela laisse présager ce qui se passera si le candidat UMP est élu : La liberté de la presse sera enterrée ! Peut être pas que d'autres libertés aussi d'ailleurs...

BOUCHARD Armand Vice-président de la GOC.

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08 avril 2007

Foi chrétienne et protection de l'environnement

Foi chrétienne et protection de l'environnement par Frédéric Baudin

Les questions écologiques ont pris une importance croissante dans le débat public, depuis environ une cinquantaine d'années, lorsqu'on a pris conscience de la puissance de destruction désormais à notre disposition, mais aussi des conséquences de la pollution engendrée par l'exploitation industrielle des ressources naturelles de la planète.

Les chrétiens n'ont pas vraiment su anticiper cette crise (ni plus ni moins que les non-chrétiens) ; ils n'ont pas toujours non plus réagi avec la rapidité que l'on était en droit d'attendre de leur part, sauf peut-être dans quelques cénacles théologiques ou œcuméniques, où l'on s'efforçait pour le moins de réfléchir. Mais depuis une vingtaine d'années, le mouvement s'inverse parmi les chrétiens, non seulement dans le domaine de la réflexion à ce sujet, mais aussi dans la pratique. Des scientifiques chrétiens impliqués à divers titres dans la protection ou la gestion de l'environnement, commencent à envisager leur travail dans une perspective chrétienne, alors qu'ils avaient souvent tendance à séparer les domaines de leur foi et de leur travail. Nous allons donc, dans un premier temps, essayer de saisir quels sont ces liens entre la foi chrétienne et l'environnement, pour proposer ensuite des solutions pratiques.
Dieu créateur

Le thème des origines et la théorie de l'évolution des espèces a divisé les chrétiens. Des scientifiques et des théologiens, chrétiens ou non, continuent de se pencher sur cette question, le plus souvent avec sérieux et compétence : leurs travaux peuvent inspirer notre propre réflexion. Mais quelles que soient nos convictions sur la manière dont Dieu s'y est pris pour créer le monde, nous croyons que Dieu est notre Créateur. C'est l'un des articles fondamentaux de notre confession de foi chrétienne.

Dans la Genèse, plusieurs verbes précisent le mandat adressé par le Créateur à ses créatures : remplir, dominer, soumettre et cultiver la terre. Ce mandat " culturel " demeure après la chute, mais il est plus difficile à mettre en œuvre, après que la malédiction prononcée par Dieu a affecté la nature et les êtres humains.
Multiplier et remplir

Il est louable de vouloir nourrir convenablement une population en forte croissance : environ 1 milliard d'individus au début du 19e siècle, 4 milliards en 1930, 6 milliards en 2000 ; ce chiffre pourrait atteindre 12 à 14 milliards d'individus d'ici un siècle, d'après les spécialistes. Il semble qu'il soit possible de nourrir cette population, à condition toutefois qu'aucune perturbation majeure, climatique ou politique, ne survienne. On constate cependant que la solution au problème de la faim est souvent entachée par la recherche effrénée du profit.
Dominer et soumettre

La domination immodérée sur la nature depuis l'âge industriel, l'exploitation presque sans borne de toutes les ressources naturelles de la création, ont des conséquences aujourd'hui tragiques. Il est anormal que la course à la productivité et à la rentabilité ait conduit les éleveurs à utiliser, souvent sans discernement ni précautions suffisantes, des farines animales, des antibiotiques ou des hormones de croissance.

L'excès contraire ne vaut pas mieux : certains systèmes religieux ou courants écologiques préconisent en effet la méthode douce, le " laisser-faire ", par idéal mystique ou par fatalisme. Parmi les adeptes du mouvement nébuleux et syncrétiste du Nouvel Age, beaucoup prônent un respect de l'environnement qui semble a priori très estimable, mais il s'inspire en réalité d'une vision panthéiste et orientale de la nature.
En communion avec Dieu

Selon la Genèse, les hommes et les femmes étaient invités à remplir, dominer et cultiver la terre en communion avec Dieu, avec la sagesse et le discernement que Dieu leur inspirait. Il ne s'agissait pas pour eux de rester passifs ou d'exercer leur tyrannie sur la création, mais plutôt d'en prendre soin pour le bien de toutes les créatures et pour la gloire du Créateur. L'un des verbes traduits par dominer, l'hébreu radâ, apparaît à quatre reprises dans le Lévitique, dans le cadre des lois sur l'esclavage : les Israélites ne doivent pas dominer sur leurs frères de façon tyrannique (Lv 25 et 26).
Cultiver et garder

Les verbes "garder" (shamar) et "cultiver" (avad) ont une connotation religieuse : on garde les commandements de Dieu, et le verbe avad peut avoir le sens de " rendre un culte ", " servir Dieu " : il est employé pour désigner l'activité des lévites dans le tabernacle dressé dans le désert. Les lois de l'Ancien Testament, énoncées par Moïse et rappelées par les prophètes, mettent en évidence le lien entre la terre, sa fécondité, et l'obéissance morale et religieuse du peuple de Dieu. La terre qui ne peut " jouir de ses sabbats " finit par " vomir " ses habitants. L'image biblique est éloquente ! La création ne supporte pas cette surexploitation, elle en est malade… Nous pouvons soumettre la création, à condition de rester nous-mêmes soumis à Dieu, à ses commandements, à condition de demeurer en communion avec Dieu.
Révélation et responsabilité

La révélation de Dieu dans la nature (Rm 1.20) est partielle ; elle ne conduit pas au salut, mais elle rend les hommes et les femmes responsables " de ne pas avoir rendu leur culte au seul vrai Dieu ". Au lieu de dominer " les poissons, les oiseaux et les reptiles ", les hommes en sont réduits à adorer ces créatures, à les diviniser. Les péchés dénoncés par l'apôtre Paul dans la suite de sa lettre aux Romains trahissent la prétention des êtres humains à la démesure, à franchir les limites de leur condition. Or, c'est dans le respect de nos limites, avec l'aide et la sagesse de Dieu, que se trouve l'alternative à cette exploitation démesurée de la création.
Une bonne gestion de la création

L'homme prétend mettre en œuvre sa raison et sa vision mécaniste du monde, mais sa volonté de dominer la création, afin d'en tirer le plus grand profit - et le plus immédiat -, le conduit à l'appauvrir de façon aujourd'hui alarmante, à polluer cette création d'une manière parfois irréversible à court ou moyen terme, à la modifier (notamment sur le plan génétique) sans toujours maîtriser ces changements, un peu comme l'apprenti sorcier.

On a recensé, dans le monde, environ 400 000 plantes et 1 300 000 animaux ; il y aurait en réalité quatre à cinq fois plus d'espèces. Nous avons encore du travail pour identifier et nommer les plantes et les animaux de ce monde ! Mais les milieux les plus riches disparaissent rapidement, en particulier la forêt équatoriale des pays en voie de développement, par centaines et même par milliers d'hectares chaque jour. On avance que deux espèces animales ou végétales disparaîtraient chaque jour.

Les causes de ces disparitions prématurées sont en partie la pression démographique et urbaine, l'extension des zones industrielles et résidentielles souvent au détriment de terres fertiles, la destruction des zones humides et forestières, l'usage abusif des pesticides, les pratiques agricoles discutables, mais aussi nos mauvaises habitudes.
Après moi, le déluge !

Nous vivons avec la pensée, plus ou moins consciente, que nos ressources sont sans limite, que la diversité biologique ne semble pas vraiment souffrir d'un appauvrissement, qu'il y a aura de toute façon " une solution " et que l'homme vaut bien plus qu'une fleur, un oiseau, un poisson, un coléoptère ou un serpent.

Nos réserves énergétiques et l'eau potable sont limitées, et nous devons changer nos modes de comportement si l'on veut que les générations suivantes vivent dans des conditions acceptables. Les chrétiens ont tendance à mettre l'accent sur le retour de Jésus-Christ, le jugement dernier, la dissolution de toutes choses évoquée par l'apôtre Pierre dans sa deuxième lettre (2 Pi 3.10-13), la fin de ce monde. Mais cette fin a commencé depuis deux mille ans, Jésus et ses disciples l'affirment. La discontinuité entre l'ancienne création et la nouvelle n'est peut-être pas aussi radicale qu'on le pense généralement. La Bible évoque aussi la continuité entre cette création devenue corruptible et la nouvelle création incorruptible à venir, qui est déjà révélée en Jésus-Christ ressuscité. Dieu demeure le Seigneur de toute la création, de toute créature, et c'est l'ensemble de cette création régénérée qui est appelée au salut (Rm 8), au rétablissement de toute chose évoqué par l'apôtre Pierre, à la restauration de relations justes, dans la foi en Jésus-Christ, entre les créatures et leur Créateur, mais aussi entre les créatures elles-mêmes.
La protection : une urgence

En dehors de l'action menée par les chercheurs et les pouvoirs publics, plusieurs mesures simples, à notre portée, peuvent être mises en oeuvre :

    * Résister tout simplement aux tentations de la publicité : sachons nous contenter davantage de ce qui est nécessaire et non superflu pour vivre.
    * Réduire notre consommation d'essence ? c'est d'actualité ! ?, et marcher davantage ou utiliser nos vélos !
    * Lutter contre la pollution domestique et pratiquer systématiquement le tri sélectif des déchets en vue du recyclage.
    * Dénoncer la désinformation dont nous sommes souvent l'objet dans le domaine de l'environnement.
    * Etre davantage présent dans le débat public.
    * Faire entendre notre voix, individuelle ou collective (à l'échelle d'une église ou d'une union d'Eglises, par exemple) auprès des autorités locales, régionales ou nationales, pour les encourager à prendre des mesures saines visant à protéger l'environnement.
    * Aborder ce sujet lors d'un débat dans nos églises et trouver ensemble des solutions pratiques, etc.

Le ciel sur la terre ?

L'homme ne peut établir le royaume de Dieu sur terre, grâce à son intelligence, son habileté technique, ni même grâce à ses mesures de préservation de l'environnement. Nous ne sommes pas contre le progrès et l'évolution des techniques, qui nous procurent un certain confort ! Mais ce confort, sans Dieu, peut être un piège, dès lors qu'il nous conduit à ne plus reconnaître en Dieu notre Créateur, dont nous demeurons dépendants. Nous ne devrions pas agir comme au moment des soldes, où l'on voit écrit en grosses lettres sur les vitrines des magasins : " Tout doit disparaître ! " Nous devrions nous conduire avec sagesse, pour économiser nos ressources, protéger le patrimoine naturel qui nous est confié, penser aux générations futures et dénoncer l'égoïsme de notre génération, car nous ne connaissons ni le jour ni l'heure du retour de Jésus-Christ. Nous partageons cette responsabilité avec l'ensemble de nos contemporains : les autorités politiques, les industriels, les chercheurs et les biologistes, les agriculteurs, les grands distributeurs… et les consommateurs que nous sommes tous ! Notre bonne gestion des ressources de cette création peut ainsi devenir le signe, souvent fragile, du Royaume de Dieu à venir. Prendre soin de la création, c'est aussi une façon d'aimer Dieu et notre prochain.

Texte prit sur le site lueur


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17 février 2007

Message des évêques de France pour les élections

Vous pouvez lire le message des évêques de France, "Qu'as tu fait de ton frère ?", qui a été envoyé aux responsables politiques à l'occasion des élections ici :cef_elections_2007

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15 juin 2006

L'écart social n'est pas une fatalité

Une société est jugée au regard qu'elle porte sur les blessés de la vie et à l'attitude qu'elle adopte à leur égard".(Jean-Paul II à Tours, 21.09.96).

Chaque jour, comme évêques, nous rencontrons dans nos diocèses des hommes et des femmes qui souffrent de leur situation économique et sociale. Des responsables politiques, des militants d'associations et d'organismes confessionnels ou non, nous disent leur inquiétude. Ceux et celles qui affrontent ces malaises sociaux ne savent souvent plus que faire.
Célébrants de l'Eucharistie, nous partageons le Pain de la Vie. Réunis en frères aimés par un même Père, nous annonçons le Royaume qui sera terre fraternelle. Toute forme de rupture entre les hommes est ressentie comme contraire à l'Eucharistie.

I - UN ÉCART QUI SE CREUSE SILENCIEUSEMENT


Un écart grandit aujourd'hui entre ceux qui gardent la possibilité de s'adapter et de bénéficier des évolutions, et une part croissante de la population dont la cohésion sociale se défait. Elle en subit précarité et parfois exclusion. Cet écart nous inquiète. Il nous pousse à nous adresser aux hommes et aux femmes de notre pays, en particulier, à ceux qui ont une influence sur la vie de notre société.
Cet écart sépare de plus en plus ceux qui participent à la construction de l'avenir de notre société de ceux qui subissent leur sort. Il éloigne du fonctionnement économique et social ceux qui ne participent plus à son élan. Il met à part les personnes qui, marquées par un handicap, sont marginalisées : la vie les blesse de plus en plus. Vivre ensemble devient problématique.
Qu'une société traverse des moments difficiles est inévitable. Ce que nous voyons en France n'est pas étranger à ce qui se passe au plan mondial. La croissance s'est ralentie dans notre pays, alors que beaucoup d'entreprises s'efforcent courageusement de résister. On entend dire qu'il n'y a pas de crise, mais seulement un ajustement nécessaire à un nouvel ordre économique et social. Un tel discours est généralement tenu par ceux qui ne sont pas trop atteints.
Il demeure insupportable de voir grandir la séparation entre ceux que favorise cette évolution et ceux qu'elle écrase. Cet écart interroge toute conscience soucieuse de la dimension humaine de la vie sociale. Les personnes et les organismes qui ne s'en accommodent pas et luttent contre lui, ont notre soutien et nos encouragements.

Dieu a confié la terre à toute l'humanité. Cette confiance rend vigilant. Elle appelle à un devoir de discernement et d'interrogation envers toute organisation économique afin de l'évaluer selon le coût humain de sa démarche. On parle de "guerre économique". Elle n'est avare ni de violences ni de manifestations de puissance envers trop d'hommes et de femmes. Les difficultés économiques n'excusent pas de traiter les hommes plus mal que les outils de production.
C'est le fond de l'être qui est atteint par les dysfonctionnements sociaux et économiques. L'individu se retrouve seul, sans repères, pour construire sa personnalité.
A ceux qui souffrent de cette exclusion, nous tenons à dire notre confiance et notre espérance. Nous avons déjà constaté leur volonté et leur capacité de réagir.

II - UN ÉCART DIFFICILE A COMPRENDRE


Jamais notre société n'a connu autant de plans, de moyens contre l'exclusion. Et celle-ci ne cesse de s'étendre. L'écart qui se creuse entre les bénéficiaires de la croissance et ceux qui en sont exclus, perdure et s'aggrave malgré bien des initiatives qui le combattent. Voilà qui est difficile à comprendre.
Pour réintroduire dans une cohésion sociale les victimes des choix et du fonctionnement de cette société, interrogeons-nous sur les fondements implicites et les principes qui régissent son organisation.
1 - Un pragmatisme qui s'en tient à l'immédiat règne en maître. Il prend pour du réalisme une loi du marché économique obsédée par une rentabilité à court terme et souvent sans morale. La finance finit par se retourner contre l'économie. Mettre des hommes à l'écart devient ainsi "normal". L'oubli des conséquences humaines abandonne à la protection publique ou à la générosité privée le soin de s'occuper de ceux que délaisse un courant libéral pressé de se défaire d'obligations sociales qu'il juge abusives.
Ainsi en est-il pour le chômage. Malgré les plans successifs et les sommes considérables consacrées à l'indemniser, la situation continue à décliner. Certaines familles en sont à la troisième génération de chômeurs et des jeunes ne parviennent pas à fonder leur foyer. Le travail se fait de plus en plus rare, ce qui augmente l'inquiétude devant l'avenir.
L'inégalité des revenus est présentée comme un stimulant de la croissance. Cette logique est étrangère aux possibilités de millions de personnes. Les règles financières comme les lois du marché échappent à une maîtrise que certains refusent même. Il en résulte une quasi impossibilité de parler d'un projet de société. Où allons-nous ? Cette question paraît aujourd'hui utopique, voire incongrue.
2 - Le silence sur un projet de société révèle une sorte de paralysie du corps social tout entier. Comment dialoguer avec celui qui tient cette situation pour fatale ?
La vie politique, si indispensable pour une nation, traite au quotidien de réglementations de plus en plus complexes. Le pouvoir administratif ne saurait remplacer la responsabilité politique pour donner un souffle et un espoir.
Favoriser une dérèglementation très large augmenterait les souffrances des plus fragiles. Mais redonner à la vie politique sa responsabilité et sa dignité pour créer une communauté confère à l'État une réelle possibilité d'action, comme l'Église l'a si souvent rappelé.
3 - L'aggravation de l'écart social renforce l'individualisme : celui-ci blesse les personnes incapables de se défendre, mais favorise les plus habiles. Dans cette distorsion entre les situations, surgissent, comme autant de symptômes, des manifestations de violence, le désir du chacun pour soi et le rejet de l'étranger. Toute autre personne devient une concurrente : on se protège contre elle, on la charge de tous les soupçons... Ainsi se renforce une exclusion, conséquence du manque de projet commun.
4 - Une société fragilisée par ses divisions devient plus disponible aux dominations.
Domination d'une logique économique qui cherche un résultat rapide sans s'inquiéter des conséquences à plus long terme, marginalisant ceux qu'elle écarte de son mouvement.
Domination d'une recherche de l'audience qui fausse l'information, permettant à ceux qui ont accès à la maîtrise de la communication de se faire entendre, mais enfonçant les autres dans le mutisme.
Domination de théories étroites et sectaires qui trient entre les hommes et flattent des appétits de violence.
Sur ces bases, des idéologies faciles peuvent faire lever leurs ambitions démagogiques. La déchirure sociale fragilise la résistance à l'inacceptable. Est inacceptable ce qui porte atteinte à la dignité d'un homme.
5 -L'écart social mutile ceux qui, pour garder un emploi, connaissent des rythmes de vie excessifs et, comme cela arrive, des conditions de travail et de rémunération à la limite de l'injustice. Il mutile aussi ceux qui, soumis à la domination de l'argent, attentent à leur humanité. Il blesse davantage ceux qui sont écartés de l'emploi, se jugent inutiles et sont conduits à ne consommer que les miettes d'une croissance qui avance sans eux.
De soi le progrès est aveugle, le profit neutre : ce sont des mécanismes.
Quelques-uns s'en emparent. Beaucoup y ont peu de part. Dans le domaine socio-économique, de meilleurs moyens d'analyse et de connaissance n'entrainent pas nécessairement une plus grande capacité d'action efficace. Nous ne pouvons justifier notre inaction par la complexité des mécanismes.
Devenues quotidiennes, ces inégalités finissent par ne plus choquer. Notre société se fragmente en groupes vivant en parallèle. Ces séparations accroissent les inégalités : ceux qui sont assistés vivent de ressources dont la production leur échappe.

III - UNE SOCIÉTÉ POUR TOUS

Il est urgent de revenir à ce qui est souhaitable pour l'homme. "Il faut trouver de nouveaux modes de vie personnels et collectifs qui permettent de surmonter les crises" (Jean-Paul II à Tours).
1- Il nous faut aller ensemble au-delà des palliatifs. Si nécessaire que soit l'indemnisation du chômage, elle attend surtout qu'on explore de nouveaux champs d'emplois. La lenteur à inventer de nouvelles activités provient de ce qu'en France la reconnaissance sociale découle surtout d'un emploi bien défini. Une autre conception du travail demande à être développée pour favoriser une avancée des mentalités. Sans plus attendre, on changera les mentalités en suscitant des exemples de fécondité sociale, dans des tâches au service de la qualité de la vie, dans la participation de chacun à la construction commune de la société. Chacun possède une fécondité pour participer à l'élaboration de la société où il vit.
2- Soutenir ces actions créatrices amène à s'interroger sur le partage. Trop de cumuls, d'avantages divers, d'habitudes entravent une réflexion sur le partage du travail. Il restera impossible de progresser tant que ne sera pas abordée la question centrale, celle du partage des revenus. Il nous faut réapprendre une certaine tempérance commune afin de répartir les avantages du progrès. Sans régulation, le progrès aliène.
3- A qui va l'argent ? A qui profite-t-il ? L'idée même d'un contrôle paraît inconvenante, mais y a-t-il une justice sans un droit de regard ? Sans ce droit de regard, on favorise la corruption et la perversion de la vie démocratique. Trop d'argent échappe à toute finalité humaine.
Face à la misère, les Pères des premiers siècles de l'Église annonçaient courageusement qu'il existe une limite à la jouissance privée de ses biens. Sans réflexion sur la destination de l'argent, il ne se produira aucune modification du rapport au travail qui produit cet argent. Créer des biens n'est pas un objectif suffisant. C'est une vie sociale commune qu'il s'agit de bâtir, dégagée des groupes de pression. Nous redisons ici l'importance des corps intermédiaires pour structurer une société. Long travail à poursuivre sans relâche.
Faute de cette vision respectueuse de chaque personne, notre société réduit des hommes à lutter pour leur survie : du travail informel apparaît, des commerces illicites se développent et un être aux abois cède à la violence...

IV - L'HOMME EN PREMIER


Aujourd'hui comme hier, des choses vont bien et d'autres mal. En rester à ce double regard fait croire à un équilibre. Il fait passer pour acceptable ce qui n'est qu'une moyenne apparemment normale. Il se cache la distance qui sépare des hommes. Plutôt que de choisir entre une vision optimiste et une vision pessimiste, nous avons tenu à être, avec d'autres, les témoins lucides de la différence croissante des conditions d'existence.
Réduire les inégalités sociales n'est pas seulement affaire de moyens techniques, mais d'intelligence et de coeur. Le savent tous ceux et celles qui placent le sens de l'homme comme objectif premier de leur action. Des hommes et des femmes, dans diverses responsabilités, ne se résignent pas à considérer l'écart social comme une fatalité. Ensemble, si nous ne mettons pas l'homme en premier, avec la dimension de sa vie communautaire, notre société perdra une part importante de ses valeurs. Honorer notre patrimoine, c'est retrouver la raison profonde de son existence : la vie de l'homme, digne et libre.

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Avis des évèques de France sur les Retraites

confpresseasilebTexte intégral publié par Documents Épiscopat, février 2002 à commander :
106 rue du Bac
75007 Paris


Les Français s'inquiètent pour leurs retraites. Va-t-on voir s'effondrer l'une des plus belles réalisations sociales du XXe siècle ? La Commission sociale des évêques de France, en rendant publiques ses " Réflexions sur l'avenir des retraites ", désire apporter sa contribution au débat en cours, en décrivant l'état des lieux, en soulignant les enjeux essentiels, et en proposant modestement quelques orientations possibles.

L'état des lieux

Où en sommes-nous ?
1- Il faut d'abord prendre en compte les données démographiques
L'équilibre financier des régimes de retraites par répartition dépend directement du rapport entre le nombre des cotisants et le nombre des retraités : ce que l'on appelle le taux de dépendance. Ce taux est actuellement de 2,2 cotisants pour un retraité : il sera de 1,2 en l'an 2040.
Cette situation s'explique par l'allongement de l'espérance de vie et surtout par l'arrivée à la retraite, à partir de 2005, des générations du baby-boom. La natalité, elle, est en baisse depuis 1965, malgré la légère remontée des deux dernières années.
Pourra-t-on raisonnablement laisser à la charge d'une génération d'actifs moins nombreux, des retraités de plus en plus nombreux et de plus en plus âgés ? Faut-il alors diminuer les retraités ? Augmenter le nombre d'années de cotisations ? Augmenter les cotisations ? Autrement dit : travailler plus ? Payer plus ? Toucher moins ?
2- La question des retraites ne peut être abordée uniquement sous son angle financier. Il faut également considérer l'évolution récente des différents temps de la vie.
Les jeunes de 18 à 25 ans entrent plus tard au travail et connaissent, pour beaucoup, une période de précarité. Les 25-55 ans vivent une période très intensive en volume de travail et très sélective du point de vue de la compétitivité. Entre 55 et 70 ans, soit entre la fin de la vie professionnelle et la " vieillesse ", s'étend une longue période aux contours très divers, cependant que le temps de la " vieillesse " apparaît de plus en plus tardivement et est progressivement marquée par la dépendance.
Il importe de repenser l'emploi et les systèmes de protection sociale en fonction de ce cycle de vie plus long et plus différencié.

Quels sont les enjeux ?

- Sauvegarder la solidarité entre les générations. La guerre des générations aura-t-elle lieu ? Il ne semble pas car il existe une large communauté de destin résultant de la longue cohabitation entre les générations. Mais un nouveau pacte intergénérationnel n'en est pas moins nécessaire : ce pacte existe actuellement mais de manière implicite. Il doit se fonder sur le désir de personnes d'âges différents de " vivre ensemble ".

- Choisir entre répartition et capitalisation
Dans la répartition, les actifs d'aujourd'hui cotisent non pas pour eux-mêmes mais pour les retraités d'aujourd'hui. Dans la capitalisation, chaque individu cotise pour sa propre retraite, sans attendre des autres le versement de celle-ci.
Il importe de bien peser les risques de la capitalisation (accentuation des inégalités entre les retraités, risques venant de l'instabilité des marchés financiers). Les injustices actuelles de la répartition nécessitent une profonde réforme du système. L'inspiration évangélique semble inciter à privilégier la solidarité organisée entre les générations et donc à sauvegarder la répartition.
- Repenser la fin de carrière active et les formes d'activités ouvertes aux retraités.
L'âge du départ à la retraite, en France, se situe aux environs de 58 ans. Il importe d'organiser une plus grande souplesse pour la période de la fin de la vie active et de faciliter le développement d'une " retraite choisie ".

- Susciter un débat national. La question de l'avenir des retraites est difficile, passionnée. Elle n'a pas de solution unique. Aussi nécessite-t-elle lucidité, imagination, courage et dialogue social.


Quelques propositions prudentielles

- Rechercher justice et équité dans tous les domaines, spécialement en ce qui concerne les disparités entre les salariés du secteur privé et les agents publics.

- Augmenter le nombre d'année de cotisations ? Cela apparaît comme inévitable. Mais cette mesure, qui peut avoir des effets pervers, doit se réaliser progressivement.

- Rechercher la cohérence entre discours et pratiques au sujet des préretraites : on ne peut demander l'allongement de l'activité pour diminuer le poids des retraites et en même temps mettre les actifs à la retraite à partir de 55 ans en vue d'améliorer la compétitivité.

- Organiser une gestion du temps tout au long de la vie. Des modalités plus inventives d'aménagement du temps pourraient faciliter une évolution plus harmonieuse des formes de travail et d'activité au cours de la vie.

- Prendre en compte la famille. Le renouvellement des générations plaide en faveur d'une politique familiale plus audacieuse.

- Faire appel à nouveau à la main d'œuvre étrangère pour faire marcher notre économie et payer nos retraites ? Des négociations s'imposent entre pays d'accueil et pays d'origine.

- Donner sens et valeur aux différents âges de la vie. L'utilité d'une personne se mesure-t-elle d'abord en fonction de son apport en travail et en argent ? La société humaine est toujours à construire et toute personne a une fécondité sociale !

Déclaration complète rédigée par :
Mgr Olivier de Berranger
évêque de Saint-Denis
président de la Commission sociale
des évêques de France          
Mgr Jean Bonfils
évêque de Nice,
président du Comité épiscopal
socio-économique et politique
 
Mgr Philippe Barbarin
évêque de Moulins
président du Comité épiscopal pour la Santé          

Mgr Hervé Renaudin
évêque de Pontoise
président du Comité épiscopal
"Justice et Société"
 
Mgr André Lacrampe
évêque d'Ajaccio pour la Corse
président du Comité épiscopal
socio-caritatif          
Mgr Jacques Noyer
évêque d'Amiens
président du Comité épiscopal
"Loisirs, fêtes et voyages"

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28 avril 2006

"Le salut par un changement de République"

Le délabrement des institutions affecte avant tout le régime constitutionnel
sous lequel nous vivons. Il faut imaginer d'en changer d'ici à 2007.

"Le salut par un changement de République"

par Paul Alliès
professeur de science politique à l'université de Montpellier-I, vice-président
de la Convention pour la VIe République.
 

La France vient de vivre un épisode singulièrement illustratif du délabrement de
ses institutions. Il est de nature à augmenter les risques politiques qui pèsent
sur la prochaine élection présidentielle. Il affecte avant tout le régime
constitutionnel sous lequel nous vivons, et pas seulement son personnel
politique. Si bien qu'il devient de salut public de changer de République.

Les Français, jusqu'ici les moins avertis de ces questions, auront découvert
grandeur nature l'archaïsme de la Ve République. Depuis le passage en force
d'une loi au Parlement jusqu'à sa promulgation-suspension pour ne pas risquer la
démission du Premier ministre, ils ont eu droit à une démonstration de ce que
permettent nos actuelles règles constitutionnelles.

Ce spectacle impressionnant est-il le résultat d'une «mauvaise gouvernance», de
mauvaises actions de dirigeants inexpérimentés (le Premier ministre) ou usés par
le pouvoir (le Président) ? Cette thèse a été défendue par bon nombre de
commentateurs. Elle fait écho à ce qu'avait été le choeur de la campagne de
Lionel Jospin : «Présider autrement». Elle postule que les hommes sont plus
forts que les institutions, que leur méthode de gouvernement peut changer
radicalement la nature de celles-ci. On a vu, le 21
avril 2002, comment elle n'avait pas réussi à emporter la conviction de plus de
16,18 % d'électeurs. Car cette thèse est fausse : la Ve République forme un tout
dont il est impossible de s'extraire, et la gauche, responsable en ce domaine de
tant de contre-mesures, devrait s'en convaincre sans tarder. L'instauration du
«quinquennat sec», en septembre 2000, a renforcé l'autorité du Président sur le
Parlement et sa majorité, tout en renforçant son irresponsabilité et son
inviolabilité. L'inversion du
calendrier en 2002, redonnant la primeur à l'élection présidentielle, a
définitivement interdit toute évolution parlementaire du système, qu'avait
pourtant laissé imaginer la succession des cohabitations. Le Premier ministre
peut donc gouverner à coups d'ordonnances et de 49-3, faisant du Parlement
français le plus insignifiant de tous les Etats membres de l'Union européenne.
Il peut aussi utiliser sa fonction dans la compétition pour l'élection
présidentielle puisque la Constitution l'y encourage. C'est ce
désordre institutionnel qui aggrave la crise entre l'opinion et sa
représentation politique, entre les gouvernés et les gouvernants quels qu'ils
soient.

Jamais la défiance des Français n'a été aussi forte vis-à-vis de ces derniers.
Le sondage TNS-Sofres des 8 et 9 mars, au début de la crise du CPE, est
impitoyable : 72 % et 70 % des personnes interrogées s'estimaient mal
représentées par un leader politique ou un parti. Gageons que, au cours du
dernier mois, ces chiffres se sont encore élevés. Ils corroborent le divorce
désormais historique entre les Français et leur système politique. A chaque
occasion qui leur est donnée, ils votent volontiers «non», que
ce soit dans le référendum européen de 2005 ou aux élections régionales de 2004.
La majorité des électeurs est gagnée par le vote par intermittence, le vote
sanction, le vote impulsif, le vote blanc et nul, l'abstention politique enfin.
Sur les 41 millions d'électeurs inscrits en 2002, 28 millions se sont ainsi mis
hors système. C'est une des raisons structurelles de l'incapacité des majorités
sortantes à se faire réélire, ce qui fait là encore de la France un cas rare en
Europe.

La crise que nous venons de vivre ne va pas inverser ces tendances, bien au
contraire. L'élection présidentielle de 2007 sera donc une date de plus dans
l'érosion des partis de gouvernement, régulièrement affaiblis par un
présidentialisme totalement opposé à l'évolution de la société, aux
comportements participatifs des citoyens, aux attentes culturelles des jeunes.
L'emballement médiatique actuel tant sur Sarkozy que sur Ségolène fait écran.
Mais, si l'on ne veut pas que se répète en se caricaturant le 21
avril 2002, il faut imaginer dès maintenant un changement de régime. Force est
de constater que, depuis quatre ans, les prises de position et propositions en
ce sens n'ont cessé de se multiplier et de s'élargir, d'Edouard Balladur à
Marie-George Buffet, en passant par François Bayrou. Arnaud Montebourg n'est
plus le seul à revendiquer cette idée dont il eut l'initiative. Il incarne par
contre, à lui seul, l'option primo-ministérielle contre la perspective d'un
régime dit présidentiel, qui ne ferait
qu'aggraver la crise sociale et culturelle dans laquelle la Ve République nous a
plongés. Comment imaginer le passage à une VIe République ? D'abord, avec un
candidat qui en incarne le désir et le projet, qui dénonce clairement la
responsabilité de nos institutions dans la crise de la politique. Ensuite, avec
l'engagement des formations parlementaires républicaines d'utiliser les
ressources de l'article 89 de l'actuelle Constitution qui donne «aux membres du
Parlement» l'initiative en matière de révision.
Ce serait une bonne manière d'exploiter ce que la Constitution de 1958 conserve
d'irréductiblement parlementaire. Elles pourraient s'accorder dès lors pour
qu'une proposition soit déposée et adoptée par une «majorité d'idées» dans les
deux Chambres avant d'être soumise à référendum. Sans doute la bataille sur le
contenu du projet sera rude, mais elle sera de nature à offrir une perspective
rassurante à tous ceux qui ne supportent plus l'installation des élites dans
l'aventure et l'irresponsabilité. Le 4
novembre 1965 le général de Gaulle abordait la campagne pour la première
élection présidentielle au suffrage universel direct en ces termes : «Que
l'adhésion franche et massive des citoyens m'engage à rester en fonction,
l'avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne
peut douter qu'elle s'écroulera aussitôt et que la France devra subir ­ mais
cette fois sans recours possible ­ une confusion de l'Etat plus désastreuse
encore que celle qu'elle connut autrefois.»

Alors qu'il n'y a plus de personnalité adéquate à ce régime dont la nouveauté
est entièrement épuisée, il y a, par un étrange paradoxe de l'histoire, une
actualité de ces propos gaulliens et la même nécessité de choix entre une
nouvelle République ou le chaos.

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19 avril 2006

Présidentielle : le MRC est prêt

Jean-Pierre Chevènement et son mouvement le MRC sont avec le PCF les deux seul partis de gauche à avoir entendu et écouté le Non du peuple français à la Constitution Européenne.

La Preuve est que Monsieur Chevènement souhaite soutenir Laurent Fabius, une des têtes d'affiche du Non. Au contraire si le candidat nommé par le PS était du camp du Oui, comme Ségolène Royale, le MRC ainsi que le PCF se réservent le droit de présenter un candidat pour 2007.

La Gauche Ouvrière et Chrétienne trouve cette position tout à fait normal. Il est impensable que le candidat de gauche soit un clone de Blair ! Le peuple de gauche, qui a voté massivement pour le Non à l'Europe libérale, ne le comprendrait pas ! Pour qu'une nouvelle gauche se lève, pour une France et une Europe sociales et solidaires, la gauche doit s'unir autour d'un candidat représentant vraiment le peuple français : Un homme ou une femme Anti-blairisme ...

2 avr 2006 (AFP) : Jean-Pierre Chevènement a affirmé dimanche à Paris, au Congrès du MRC, dont il est le président d’honneur, qu’il prendrait à la fin de l’année sa décision sur sa candidature à la présidentielle de 2007, tout en apportant son appui au socialiste Laurent Fabius. "Ma décision aujourd’hui n’est pas prise, je ne la prendrai qu’à la fin de l’année, en connaissance de cause", a affirme M. Chevènement qui, en 2002, avait obtenu 5,33%. "Il est trop tôt pour arrêter la position du Mouvement républicain et citoyen" (MRC), mais "il me semble que nous devons appuyer avec sympathie la démarche qui est celle de Laurent Fabius", a affirmé le maire de Belfort. L’ex-Premier ministre socialiste, qui comme Jean-Pierre Chevènement a défendu le non au référendum sur l’Europe, est candidat à l’investiture PS à la présidentielle. "Les autres candidats potentiels au PS ont tous été partisans du oui", a souligné M. Chevènement. "Ils ne sont pas condamnés pour autant à brûler en enfer’, a-t-il plaisanté, "mais aucun à ce jour n’a pris clairement ses distances avec l’orientation social-libérale majoritaire qui a conduit la gauche plurielle à l’échec". "M. Fabius n’est pas encore désigné par le parti socialiste", a ajouté M. Chevènement. "S’il devait en être autrement, le MRC devra faire un choix". "Ou bien un accord apparaîtra possible sur un choix politique qui préserve l’avenir", et dans le cas contraire, il faut que le MRC offre "la perspective d’une solution républicaine" qui sera incarnée par sa candidature, a-t-il dit. Georges Sarre, réélu premier secrétaire du MRC, a souligné que son parti "votera pour un candidat de gauche qui se placera explicitement dans la suite du 29 mai 2005". Si Jean-Pierre Chevènement décide de se présenter, "le MRC lui apportera son soutien", a-t-il ajouté.

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